Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Dale Nathalie : Une lutte pour la dignité


Il est difficile pour moi de vous exposer tous les éléments à prendre en considération pour expliquer le décès prématuré de madame Dale Nathalie.
Elle est née le 21 mai 1970 à Cagnes-Sur-Mer (06).
Je l'ai rencontré pour la première fois en 1993 à l'université à l'UFR de Psychologie et Sciences de l’Éducation à Aix-en-Provence
Nous nous étions mis ensemble juillet 1999.
Elle était joyeuse, enthousiaste, élégante, ouverte d'esprit, lectrice, débordante et aimait la vie et vivre.
Elle était généreuse, accueillante, indépendante et autonome dans son esprit.
Nathalie avait un caractère. Un caractère fort, bien organisée dans sa vie quotidienne. Elle était fragile, vulnérable, naïve et imprudente dans ses relations. Elle aimait des belles choses simples. Elle aimait tout ce qui est de l'art, des fleurs, des repas légers surtout les crevettes et le saumon fumé.
Elle était tout le temps à la recherche de spiritualité dans toutes les cultures. Elle aimait la diversité et tout ce qui est différent.
Nathalie aimait beaucoup être dans son canapé surtout le soir. Elle aimait prendre un café le matin à la terrasse en ville.


Elle aimait avoir des cigarettes dans son sac. Des petits sous pour des besoins quotidiens. Elle aimait faire le marché en ville, acheter des légumes et des plantes. Elle aimait des boutiques des vêtements d'occasion. Elle aimait la nature, les rivières et la mer. Elle aimait avoir ses pieds dans l'eau et prendre sa douche avec l'eau froide.
Elle aimait voyager et découvrir et apprendre dans ses voyages. Elle était allée plusieurs fois avec moi au Maroc et en Corse.


Elle n'avait jamais le sentiment d'avoir peur. Elle n'aimait pas la télévision à part des émissions culturelles. Elle écoutait beaucoup la radio et la musique non commerciale.
Elle aimait les églises, les mosquées, les synagogues et tous les lieux de spiritualité.
Avec Nathalie, j'ai appris beaucoup de choses.
Avec le temps, j'ai commencé à découvrir qu'elle était fragile et vulnérable. Nathalie a été victime plusieurs fois. On a abusé d'elle.


Nathalie n'était pas une schizophrène. Ses capacités cognitives étaient intactes malgré tout.
Nathalie était toujours une révoltée contre les injustices dans le monde.
Nathalie a toujours été affectueuse envers les pauvres et les exclus. Elle n'hésitait pas à partager avec eux ce qu'elle avait de peu.
Nathalie pensait toujours à celles et ceux qui n'ont rien. Elle se contentait de peu. De peu dans la vie, dans ses besoins, dans ses envies.
Elle aimait le soleil. Elle aimai être chez elle surtout les après-midi. Elle aimait faire la sieste. Elle aimait le café et ses cigarettes.
Chaque jour je découvrais avec elle et en elle des qualités et les manières d'être et d'agir.
Mais, elle était fragile, naïve et vulnérable.
J'ai toujours pensé qu'elle allait s'en sortir. Ce qui est vrai. Je l'ai accompagné pendant quinze ans, jour et nuit. J'ai toujours être optimiste de son sort. Je n'ai jamais baissé la garde ou manifesté une hostilité envers elle malgré les conditions précaires dans lesquelles je vivais.
J'ai sacrifié une bonne partie de ma vie professionnelle pour être à côté d'elle pendant et après notre vie commune.
J'ai pensé que la mesure de protection des majeurs était une bonne chose pour elle. J'ai lu tout sur ce que veut dire curatelle et tutelle du point de vue du ministère de la justice.
J'ai écrit au procureur de la République pour lui demander d'accepter ma demande pour son bien-être. C'était à la fin de 2009.

La procédure a été mise en œuvre le 08 avril 2010 dans le cadre d'une ordonnance avec des mesures bien explicitées au mandataire désigné qui opère dans la SHM-SE.


Nathalie est revenue vivre chez moi après notre séparation (10 ans de vie commune), car elle se sentait aspirée dans un tunnel sans issu. je l'ai pris en charge en amont et en aval.
Je l'ai accompagné plusieurs fois dans son hospitalisation surtout au centre psychiatrique de Montperrin.
J'étais toujours à côté d'elle, le matin et le soir. Je ne la laissais jamais seule. Je lavais ses vêtements, je lui prenais ses douches, je lui faisais à manger, je lui achetais ses choses qui remplissent le quotidien. Je l'encourageais pour vaincre ses angoisses et son anxiété agitée.


Parce que j'ai toujours pensé à l'optimisme dans les actions que j'ai mené pour elle, je ne croyais pas pouvoir vous faire le constat de graves dysfonctionnements et maltraitances au sein d'institutions chargées de la protection des plus vulnérables. Il ne s'agit pas là du fait d'une institution ou d'une autre mais plutôt de personnes agissant en leurs noms.

Nathalie a failli partir dans une totale indifférence. C'était sans compter ce dont j'ai été le témoin.

Parfois, on peut se demander si la négligence et la malveillance mènent inexorablement les plus faibles à la mort.

Dans l'accompagnement de mon ex compagne, j'ai pu constaté et notamment avec des éléments probants :

  • Mauvaise gestion des ressources financières (AAH) par la personne mandatée par les autorités compétentes.

  • Maltraitance par surdose médicamenteuse et par non reconsidération, dans le temps, du traitement. D'où l'inadaptation du traitement.

  • Privation arbitraire et précipitée du droit parental subitement après l'accouchement. A ce jour, elle n'aura toujours pas connu ni même vu son propre enfant malgré son insistance.

  • L'absence totale d'accompagnement et de suivi social en dehors de la prise en charge médicale psychiatrique

  • L'absence totale de soins médicaux en dépit de son état de santé physique, manifestement inquiétant : Difficultés respiratoires, besoins de soins dentaires, aucune prise en compte de ses multiples plaintes de son fonctionnement cardiaque.





J'ai pris un engagement pour l'enterrer dans la dignité comme elle le souhaitait.
J'ai pris un engagement pour que tout le monde sache ce que veut dire la maltraitance des personnes qui souffrent d'un handicap psychique ou physique ou les d
eux. C'est une exigence morale

Je remercie des citoyens ordinaires à Aix-en-Provence et à Marseille qui m'ont aidé à payer la concession pour avoir sa place dans la terre, dans le cimetière de Saint-Jean.
Je remercie les services de la police judiciaire d'Aix-en-Provence qui m'ont bien aidé dans les démarches et qui m'ont fait confiance dans son accompagnement. Ils m'ont facilité toutes les démarches.

Je remercie le gardien du cimetière Saint-jean de son accueil et accompagnement chaleureux

Je remercie madame Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion qui a satisfait toutes mes demandes pour Nathalie.

Trois jours après, Nathalie obtenait ce qu'elle souhaitait : Un logement proche d'une personne qui pouvait et qui voulait son bien-être ou tout au moins atténuer son mal être.

Un sourire, du respect apportent bien plus que des traitements inadaptés. L'échec curatif doit-il fatalement aboutir à mourir à 43 ans ?

Aurait-on pu éviter ce drame ? Et comment ?

C'est en ce sens que je prononce ces mots devant vous.

Ce que je demande à toutes et à tous une chose simple : Soyons des lanceurs d'alerte pour la cause des personnes handicapées maltraitées !

Créons partout des comités d'alerte !

Demandons contrôle et audit sur les associations qui prétendent prendre en charge ces personnes pour ne pas permettre l'enrichissement personnel sur les personnes vulnérables !

La cause des personnes handicapées engage et doit engager l'ensemble de la société.. Elle nous concerne toutes et tous parce que rien ne nous garantit d'être à l'abri d'un handicap physique ou psychique.

Je termine avec cette belle citation d'Albert Einstein : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. ».




M'hamed EL Yagoubi

Lu devant sa tombe avec la présence des amis-es dans le grand cimetière de Saint-Jean à Puyricard le 27 février 2014 à 17h00.